L’élève a ratrappé le maître !

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Si tant est que Sébastian Vettel ait été l’élève et Fernando Alonso son maître, fussent-ils l’un et l’autre de conserve, depuis 4 ans, les principaux animateurs du championnat de F1, en tout cas de la quête pour le titre . Mais l’idée est là et, en bon adepte de l’Art de la Guerre, l’ibère n’ignore pas que l’allemand a fait ippon cette année. Tout le monde sait qu’en F1, aller vite n’est pas suffisant. Il faut également convaincre. Et malgré ses trois titres de champion le jeune compatriote de Schumacher n’avait pas convaincu une partie du paddock de la part prépondérante qu’il avait eu dans la conquète des titres au volant de sa RedBull supersonique. Or cette année il a fait montre de charisme, a enfreint la volonté de son écurie par moments, et a prouvé qu’à contrario, il pouvait dans la coulisse lui aussi se transformer en Alonso : être un leader charismatique et craint, impulser un rythme, guider voire féliciter publiquement ses troupes comme un général fier de ses soldats, mais aussi attirer à lui tous les regards, du grand public aux exégèses, les louanges comme les critiques, tout en sachant se faire admirer ou être détesté. Bref être la tête de pont médiatique du sport urbi et orbi afin de dépasser le cadre sportif et se faire aimer du grand public.

C’est que cette année 2013 était une année de transition. Le règlement technique qui sera considérablement modifié dans quelques jours dans le but de, 1-) redonner la place prépondérante perdue des pilotes et de 2-) brider les motoristes dominateurs, Ferrari et surtout Renault. Le motoriste français qui grâce à sa collaboration avec RedBull a, de nouveau en plusieurs années, trusté les titres, les victoires et les récompenses, pour le plus grand mérite des génies de Viry-Chatillon et Mécachrome. Les monoplaces auront l’année prochaine moins d’appuis aérodynamiques par rapport aux 10 dernières années et offriront une prise de risques plus importante dans la tenue de piste et en courbes. La nouvelle règlementation moteurs devrait favoriser, selon les experts, l’émergence dans un premier temps de Mercedes au détriment des deux pré-cités et aider au retour d’anciens tel Honda en 2015.

C’est peu dire que les pilotes qui ont perdu beaucoup de leur importance dans la performance électronisée des monoplaces auront de nouveau la part belle l’an prochain. D’ailleurs, les transferts ont été légion cette saison pour acquérir les meilleurs pilotes (et ingénieurs) pour aborder la saison prochaine de façon optimum. A tel point qu’aucun pilote (à part Vettel et ceux de Mercedes) n’était en situation d’être assuré de piloter pour la même écurie l’année prochaine. Anéfé, Webber ayant décidé de rendre les armes, en partant en Endurance Le Mans, a débloqué le marché des tops pilotes. Du coup Raïkkonen et Alonso étant supposés candidats au poste vacant de RedBull, Vettel avait avoué publiquement refuser fermement une entente avec le mage espagnol mais a tout fait ensuite pour prouver à son écurie qu’elle avait eu raison de lui céder et qu’il pouvait faire, au besoin, lui aussi, du Alonso, expérimenté et opiniatre dans l’adversité : il a, comme l’espagnol, humilié son coéquipier, australien, en Malaisie, il a aussi maltraité des consignes d’équipe mais a dû en conséquence se montrer humble au pays de Mateschitz, cherchant a travailler en permanence comme un forcené pour se mettre au service de l’écurie. Et il a à la moindre occasion, mis en oeuvre, de façon surnaturelle parfois comme à Singapour, où il pris 30 secondes à ses concurents en 13 tours, les astuces techniques des Newey’s boys (cartographies moteurs multiples durant chaque tour, accélération anticipée en courbes pour bénéficier de l’appui généré par les gaz d’échappements, validation d’un setup utilisant un simili mass-damper via l’avant du fond plat). Le résulat en a été l’acquisition d’un respect qui n’est dû qu’aux très grands, le tout en dépassant en même temps Alonso au nombre des victoires, et en glanant deux fois plus de titres que lui. Affichant ainsi à Horner et à Newey leur tort d’avoir pensé à Kimi ou Fernando pour guider de façon expérimentée et décidée RB sur le sentier de la Guerre en 2014.

Vettel sera difficile à battre en 2014. Seule Mercedes, et Hamilton et Rosberg, très bons en 2013 l’un et l’autre malgré une monoplace très gourmande avec les pneus et le plein en essence, semble en mesure de contester le leadership de RedBull. A moins que Luca Montezemolo n’ait réussit à remettre Ferrari dans le droit chemin. Jean doute. La Comedia Del’ arte règne toujours en maître à Maranello où malgré les moyens, la désorganisation le dispute aux intrigues de coulisses. Le directeur d’écurie Stefano Domenicalli, que personne ou presque n’écoute, a voulu recruter le génie finlandais Raïkkonnen qui a encore fait des miracles en 2013 chez Lotus, pour rabattre le caquet (ou plutôt le touïte) de son ennemi espagnol. Luca Montezemolo a engagé, de son côté, l’ingénieur Allison, de retour en Italie depuis ses succès à la direction technique d’Enstone, pour apporter sa rigueur ascétique, qui est aux antipodes des gesticulations actuelles improductives chez les Rouges. Le but était de palier l’énième refus de Newey d’apparaître tel le Messi en Italie. Le génie anglais a encore labouré consciencieusement le mythe cette année en glanant simultanément titres de gloires et succès d’estimes auprès des derniers récalcitrants. Il a pourtant refusé de venir en Emilie-Romagne malgré la promesse de 20 millions d’espèces sonnantes et trébuchantes.

C’est le refus de Newey, cumulé à l’incapacité l’an dernier, comme encore en 2013 d’ailleurs, de la firme légendaire à lui fournir une voiture qui pouvait évoluer dans le bon sens, qui a convaincu l’espagnol que l’impossibilité de remporter son pari de faire gagner de nouveau la firme d’Enzo était quasi certaine : ça l’a démoralisé et poussé à lorgner ailleurs. Quitte à revenir chez McLaren sous les bons hospices de Honda qui tient à lui apparemment plus que tout pour être le phare de l’écurie de Woking en 2015. Ce que Honda veut … L’espagnol a fait une saison moyenne pour lui, mais il n’y avait pas de place pour briller à côté de l’étoile Vettel en 2013. Il a malgré tout surclassé Massa comme d’hab, le pilote brésilien dont le maintien en Italie devenait problématique pour l’image de la marque. Mais l’ibère ne doit sa deuxième place aisée au championnat qu’à la défection forcée de Kimi Raïkkonen, qui bien que faisant partie des 3 ou 4 meilleurs pilotes encore cette saison, a été miné par les impérities financières de son low pez de patron (salaire lamentablement non versé en 2013), et par un dos qui n’a pas tenu le choc des vibreurs types Silvertsone. Peut-être aussi l’actuel pilote phare de McLaren, le toujours talentueux Jenson Button, a-t-il milité en faveur de l’espagnol auprès des japonais, lui qui sympatise facilement avec celui que certains aficionados aiment détester depuis la victoire à Singapour sous régime Briatorien. Jenson est peut-être un ancien, il a quand même dépassé en virtuosité un Perez trop juste pour la galaxie McLaren, il est vrai au sein d’une écurie en perdition durant un semestre, mais qui étonnamment a retrouvé des couleurs avec l’annonce de l’arrivée des nippons.

D’autre part Hulkenberg et Grosjean les outsiders cette année ont montré tout le bien qu’un cercle restreint d’initiés pensait d’eux, malgré quelques difficultés au premier semestre (de setup pour le français, et de finances de son écurie pour l’allemand) et peuvent eux aussi un jour briller pour peu que dame chance soit de leur côté. Jules Bianchi a lui remporté haut la main le titre de meilleur jeune et se tient dans les starting-blocks pour suppléer Alonso en cas de défection de l’ibère en 2015. Vergne a fait une honorable saison et n’a dû rendre les armes face à Ricciardo dans la lutte pour le baquet de Webber chez RB qu’à la suite d’une série incroyables de casses mécaniques qui ont rythmé tout son été et son automne. Si le français a écumé en cette saison 2013 toute la malchance qui suit un pilote toute sa carrière durant, alors il risque de faire mal dans les années qui viennent. Et le challenge en 2014 sera excitant car en vue de contrer Mercedes, RedBull a eu l’idée d’avoir 4 voitures au lieu de 2, (RedBull + Toro Rosso avec le même châssis), et le jeune (23 ans) de Cormeilles en Vexin luttera à armes égales avec Vettel, Ricciardo et Kvyat, le nouveau jeune loup imberbe du docteur Folamour (Helmut Marko).

Sur un autre plan les valises de billets ambulantes, Maldonado et Gutierrez , séviront encore l’an prochain et complèteront un paddock au sein duquel on espère voir un Pic hélas mis en ballotage par son directeur d’écurie, étonnamment peu regardant sur les performances calamiteuses de ses ingénieurs plutôt que de ses pilotes, qui mènent leurs charrues vertes comme ils le peuvent.

En conclusion, 2014 signe le retour des pilotes. Ca va swinguer !

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Une réflexion sur “L’élève a ratrappé le maître !

  1. Je viens de lire cet article : le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’était pas prémonitoire mais qu’il s’applique désormais (en terme de team et de pilote) à MGP. Comme quoi, les choses changent…

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